vendredi 12 août 2016

Syrie : pourquoi Poutine va détruire Alep, par Michel Colomès

Syrie : pourquoi Poutine va détruire Alep, par Michel Colomès

Toujours les mêmes propagandes orientées, approximations, déformations, mensonges, ça devient lassant…

Peut-être faudrait-il simplement interdire les “informations” internationales, on s’en porterait mieux…

Syrie : pourquoi Poutine va détruire Alep, par Michel Colomès

Source : Le Point, Michel Colomès, 06-08-2016

La seconde ville du pays, carrefour commercial et culturel, riche de 2 000 ans d’histoire, meurt sous les bombardements. Dans le silence gêné de l’Occident.

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Alep est assiégée depuis quatre ans par l’armée d’Assad. Sans résultat. Mais le prochain changement de président aux États-Unis pousse les Syriens et leurs alliés russes à en finir. Sans tenir compte des 300 000 civils, dont 90 000 enfants, qui, dans des conditions effroyables de famine, d’épidémies et surtout de bombardements quasi incessants, avaient jusqu’ici réussi à tenir bon.

Depuis le 17 juillet, le dernier point de passage qui reliait les survivants à la Turquie et par lequel passaient de rares convois d’approvisionnement a été pris par les soldats d’Assad. Les agences humanitaires ont fait le calcul : avec les maigres stocks accumulés, il reste à peine de quoi nourrir – mal et pour quelques jours – 150 000 personnes. Dans Alep assiégée, ils sont le double.

Rouleau compresseur

Les Nations unies ont demandé une trêve pour l’évacuation des civils. Les Syriens et les Russes ont répondu qu’ils étaient prêts à mettre sur pied des corridors humanitaires et même à assurer la vie sauve à ceux des combattants rebelles qui les emprunteraient. Le problème est qu’une promesse identique avait été faite avant la prise d’Homs par les forces gouvernementales. À l’arrivée, il manquait 160 personnes à l’appel.

C’est la raison pour laquelle depuis quatre jours, les rebelles, qui tiennent seulement les quartiers est de la ville, là où se sont regroupés une majorité de civils, ont lancé une offensive désespérée pour rompre le blocus. Avec quelques succès. Comme ce tunnel creusé sous les premières lignes des soldats de l’armée régulière qu’ils ont bourré de dynamite et fait exploser.

Mais le rouleau compresseur russe fait en sorte que l’étau ne se desserre pas et que l’armée d’Assad continue à asphyxier la ville déjà réduite à un champ de ruines, elle dont le souk et les jardins étaient classés au patrimoine de l’Unesco. Elle dont la population fourmillait de lettrés, de médecins de renom. Elle, tragique paradoxe, que l’on qualifiait il n’y a pas si longtemps de capitale gastronomique de la Syrie.

Impuissance

Et que fait la cavalerie américaine devant ce désastre annoncé ? Rien. Que dit l’Europe à M. Poutine, elle si prompte à demander des comptes à certains gouvernants pour leurs manquements aux droits de l’homme ? Rien.

Il faut dire que grâce à la perpétuelle valse-hésitation de Barack Obama avec la Syrie, comme avec l’Irak, nous avons fait en sorte que tous les opposants modérés à Assad disparaissent dans les oubliettes de la rébellion. Eux et ceux des combattants armés qui tentaient de les suivre. Résultat, ils ont été remplacés par des djihadistes, souvent liés à Al-Qaïda. Comme ce Front al-Nosra, rebaptisé récemment par son chef, Abou Mohamed Al Jolani, « Front pour la conquête de la Syrie ».  On ne peut être plus clair : il s’agit pour lui de profiter des revers de Daech pour s’implanter en Syrie et profiter de la chute éventuelle d’Assad pour créer un autre État islamique. Une menace géographiquement plus proche encore d’Israël et de l’Europe.

En pleine période de psychose terroriste, en Europe comme aux États-Unis, il est dès lors très délicat – même si la France s’y risque – de trier le bon grain de l’ivraie, d’aider les modérés – s’il en reste – et de combattre ceux qui rêvent d’une Syrie sous la férule de la charia. Voilà pourquoi Vladimir Poutine va continuer à avoir les mains libres pour s’emparer d’Alep, conforter Bachar el-Assad et asseoir un peu plus l’influence russe au Moyen-Orient. C’est sur cette humiliation sans précédent que Barack Obama terminera sa présidence.

Source : Le Point, Michel Colomès, 06-08-2016

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